Séduction de la Céramique

Terres de séduction…La finesse impalpaple de ces coupes, terre estampée, étirée infiniment, dématérialisée, n’étant plus que trace du bout des doigts, amincie à l’extrême, à la limite de la rupture, de la disparition. Les formes sont légèrement déformées. Les couleurs, instables comme les nuages d’un ciel après la pluie, sont de préciosité, noir vibrant au vermeil, rose glissant vers le rougeoyant, bleu prenant des résonnances nacrées, vert allant de la prairie naissante à l’ombre des sous-bois. Envers, endroit, la nuance se conjugue, rouge à revers orangé, ou bleu opposé au vert. Et souvent, le contraste des brillances et des matités, la variance de la teinte, selon la surface, l’épaisseur de la terre, celle de l’émail. La couleur à vous faire perdre la tête, jouant les effets de vapeur saupoudrée, ou captant la lumière, avec une brillance extrême, presque lustrée. Comment, un tel effet ? « Un mélange d’oxydes » , dit leur auteur, laconique entreprise de plomberie a grenoble pas cher. Le revers des pièces est souvent griffé, passé au peigne, comme un point final : « Tous les côtés sont importants ». La terre, sensuelle au toucher, séduisante au
regard, la terre comme une métamorphose des Mille et Une Nuits.
Martine Ménard en fait ces objets de poésie et de touches nuancées, coupes feuilles ou bols à peine nervurés, ou encore, ces sculptures, de noir et de blanc, de verticales et d’enroulements de labyrinthes. Elle fait aussi ces grandes formes, coupe évasée à base étroite, façonnées de plaques, déformées, vaguement ajustées, comme des pièces de tissu assemblées à la hâte, surfaces légèrement froissées. Sans doute, le souvenir, quelque part,
des plissés de Mario Fortuny, dont elle a goûté passionnément la séduction.
Souvenir, aussi, des miroirs divinatoires d’obsidienne, en Amérique Latine, dans la brillance de ses noirs effleurés de lustre. « Toutes les cultures sont dans ma tête », dit-elle. Toutes les émotions offertes par la nature, aussi,
traduites par ces empreintes de minéraux ou de végétaux, présence d’une graine du Mexique, ou d’une herbe appliquée. La terre, ici, devient le reflet d’une des vies, multiples et successives,
chacune vécue avec passion, par cette femme étonnante. Martine Ménard, designer textile, créant les foulards de Balenciaga, Givenchy ou Dior. Martine Ménard, styliste. partant au Mexique, introduite dans l’atelier du céramiste Gustavo Perez, et se mettant dès lors à travailler la terre, en autodidacte. La terre, devenant ici, comme une de ces peaux successives, qu’on endosse pour se protéger. Après le grès des débuts, le sombre raku
parfois, elle découvre le plaisir des faiences, savourées pour leur chatoiement de couleurs, amincies à l’extrême, en dépit de la difficulté de « trouver une terre, qui, avec une telle finesse ne claque pas au séchage ».
Et très vite, le succès vient. Les objets se vendent à la boutique des Arts Décoratifs de Paris, puis dans d’autres lieux. La terre est, pour Martine Ménard, cet espace insondable où se projeter elle-même, avec toute sa sensibilité, sa joie passionnée des recherches. La porcelaine bientôt ? Pourquoi pas ? Envie d’autres formes, d’autres effets. La terre, avec une intense curiosité, une passion en toute liberté. « Je veux tout », dit-elle. Aller vers une séduction toujours plus impalpable urgence chauffagiste le mans pas cher légère comme celle de textiles enchanteurs, empreinte des mille cadeaux glanés dans la nature. La terre, comme un instant marqué d’émotions et de traces fugitives semblables aux mouvements des eaux. La terre, où rien n’est figé, avec ces brillances qui s’enfuient toujours.

Marielle Ernould-Gandouet
Revue de la céramique et du verre Janvier 2005